K. K. K Le Ku-Klux-Klan
le redoutable K. K. K. vient encore de faire parler. de lui ces jours-ci. Dans l'Illinois, à Herrin, on assista à une véritable bataille rangée entre ses partisans et la police. Il y eut neuf morts, parmi lesquels sont un des chefs régionaux de la redoutable association, le shérif de l'endroit, son adjoint, et vingt blessés.
Précisément, ces jours-ci, un heureux hasard me fit tomber sur un article de M. Ernest Duvergier de Hauranne, paru dans la Revue des Deux Mondes en 1868, parlant de l'élection du général Grant et donnant des détails fort curieux sur le Ku-Klux-Klan, alors à ses débuts, mais dont les coups d'essai étaient déjà fort audacieux. C'était au lendemain de la guerre de Sécession. Le pays était encore en pleine effervescence. Les Sudistes, vaincus, cherchaient une revanche sur le terrain politique. Ils soutenaient la candidature du démocrate Seymour, ancien gouverneur de New-York, contre celle, véritablement nationale, du général Ulysse Grant, le vainqueur de Richmond, candidat des républicains. Le Ku-Klux-Klan se fit leur auxiliaire. Rapidement, il acquit un grand développement, comptant plus de cinquante mille membres dans le seul État de Tennessee. Ses agents, toujours masqués, prompts comme l'éclair, étaient insaisissables, semblant sortir de terre et y rentrer sur un signe mystérieux. Prévenant les desseins de leurs adversaires, ils savaient les déjouer. «Si le gouverneur de l'Arkansas, écrit M. Duvergier de Hauranne, effrayé de la puissance du Klan, faisait venir dix mille fusils pour sa milice locale, cent hommes masqués ou barbouillés de suie et armés jusqu'aux dents s'embarquaient sur le quai de Memphis, en plein jour, et allaient se saisir, sur le Mississipi, du bateau qui portait cette marchandise précieuse; ils rentraient dans la ville sans être inquiétés et sans que personne osât les reconnaître. Des assassinats se commettaient fréquemment sans que jamais on pût saisir les coupables, et la voix publique attribuait ces vengeances mystérieuses au redoutable Ku-Klux-Klan. » Comme on le voit, les méfaits du Ku-Klux-Klan n'ont pas beaucoup changé depuis 1868... Qu'ils aient eu lieu à cette époque, tandis que les passions éveillées par la guerre de Sécession étaient mal éteintes et que les États-Unis, encore dans le bouillonnement de la jeunesse, cherchaient leur voie, cela pouvait se comprendre. Mais aujourd'hui, alors que l'Union a atteint une prodigieuse prospérité et se trouve à la tête de la civilisation et du progrès, c'est complètement incompréhensible. C'est un peu comme si, en France, la fameuse bande des Chauffeurs, née des excès de la Révolution, opérait encore...
ANDRÉ MÉVIL.
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