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Le Petit Parisien - 01 février 1925


Confort moderne pour 50 voitures la chronique de Maurice Prax

POUR ET CONTRE

Un calicot appliqué sur la façade d'un important immeuble de la rive gauche porte cette simple inscription: CONFORT MODERNE POUR 50 VOITURES Heureuses voitures! Bienheureuses torpédos et trop heureux cyclecars... On leur promet et on leur donne, à eux, le confort moderne, le logement, le chauffage - et tout ce qu'il faut... Les autos ne couchent pas sous les ponts et leurs cinquante chevaux quand cinquante chevaux il y a ne constituent pas, aux yeux des propriétaires, d'indiscrètes et inopportunes familles nombreuses... Il y a des maisons pour les autos.... Il n'y en a pas toujours pour les citoyens...
On peut, certes, crier au scandale... On peut, certes, flétrir avec véhémence les méchants capitalistes qui construisent des garages et qui ne construisent pas d'immeubles «à usage d'habitation». Seulement, c'est trop facile et, qui plus est, ça ne sert à rien... Il vaudrait mieux sans doute essayer de raisonner un peu...
On ne peut pas empêcher un citoyen libre de disposer de son argent à sa manière et d'entreprendre les affaires qui lui conviennent. On ne peut donc que reconnaître le plein droit qu'a un homme d'affaires de construire un garage. Il a le droit pareillement de fabriquer des nouilles, des confitures ou des sabots. C'est tant mieux s'il réussit et c'est tant pis pour lui s'il échoue.
On ne peut pas empêcher un homme de construire un garage. On ne peut pas en obliger un autre à bâtir une maison d'habitation. Voilà une simple vérité qui est toute bête et qui est très forte cependant. Or nous avons besoin de maisons d'habitation. Or nous ne pouvons pas nous passer de logements. Or il est de toute évidence qu'avant les autos il convient de loger les gens à la ville. Alors, que faire ?...
L'effort particulier étant seul agissant, l'impuissance de l’État et des administrations à mener à bien des entreprises quelconques étant complètement démontrée, il faut donc, coûte que coûte, que des «particuliers» fassent bâtir des maisons. C'est le seul moyen de conjurer la crise dont nous souffrons. Mais que faire pour que les particuliers se mettent à bâtir des maisons? Mais que faire pour que les particuliers estiment plus intéressant et plus profitable de construire des maisons que des garages?...
Là, hélas ! est la question... Et c'est une question d'intérêt général; mais c'est aussi une question d'intérêts particuliers... Les grands mots, les grandes phrases, les grands discours ne feront rien... C'est l'argent des particuliers, c'est l'initiative privée, ce sont les architectes et les maçons qui doivent tout faire. Il ne s'agit ni de politique ni même de philanthropie. Il s'agit de pierres, il s'agit de bâtisses...
Il faudrait, de toute évidence, encourager les gens qui construisent des garages à construire aussi des maisons... Les encourage-t-on ?... Ne les décourage-t-on pas plutôt, par des interventions intempestives, par des tracasseries, par des formalités vexatoires et par des chinoiseries qui ont l'air de menaces ?... Posons-nous franchement la question...

Maurice PRAX.


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