LIVRE PRÊTÉ...
C'est un axiome: « Livre prêté, livre perdu!» On connaît peu d'exceptions à cette règle. Il serait à souhaiter, cependant, que les bibliophiles ne prissent point modèle sur Tristan Bernard, qui se tira naguère avec esprit, mais onéreusement, d'une situation assez délicate. Le spirituel écrivain, donc, avait prêté à un camarade trois volumes des œuvres complètes de Dumas fils. Au bout de quelques mois, ayant besoin de ces ouvrages, il les réclama. Aucune réponse. Seconde lettre, puis troisième, sans résultat. Alors, M. Tristan Bernard se résigna. Il prit dans sa bibliothèque les cinq volumes d'Alexandre Dumas qu'avait bien voulu lui laisser l'ami indiscret. Il les empaqueta soigneusement et les lui envoya, y joignant un billet à peu près conçu en ces termes : «Cher ami, excusez-moi... Mais j'ai une telle horreur des livres dépareillés que je vous prie de bien vouloir accepter ceux-ci. Ils compléteront votre collection...» Voilà comment se défont les bonnes bibliothèques...
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