| LŒuvre - 15 janvier 1926 |
L'AUTRICHE s'inquiète aussi du fascisme hongrois
Les déclarations du comte Bethlen, président du Conseil hongrois, n'ont convaincu personne. Celles du baron Koranyi, ministre de Hongrie à Paris, non plus. Les voit-on d'ailleurs, et Bethlen et Koranyi, disant:
Le régent Horthy était le complice des faussaires et le complice des fascistes. Alors?
Puisque leur parole n'est pas libre, nous ne sommes point tenus, quand ils se portent garants du loyalisme de Horthy, de les croire au mot. Ils parlent comme le veulent leurs fonctions officielles. C'est tout.
Et nous n'en sommes pas moins fondés à dire que la découverte de l'industrie du prince de Windisch-Graetz a opportunément attiré notre attention sur ce fascisme militaire hongrois que le régent Horthy favorise. A moins que ce ne soit s'en défendre que de faire chef de toutes les polices Nadossy, fasciste lui-même, partisan de l'archiduc Albrecht, le complice de Windischgraetz enfin, qu'il a bien fallu arrêter à la demande pressante de la France.
On a vu que la Petite Entente se préoccupait fort du scandale hongrois. Eh bien! l'Autriche aussi, qui n'a point coutume d'être d'accord avec la Petite Entente.
L'Arbeiter Zeitung de Vienne nous annonce que le député socialiste Deutsch interpellera sur les préparatifs militaires de la Hongrie sur la frontière. d'Autriche, au Burgenland. De nombreux rapports officiels signalent, paraît-il, l'activité strictement militaire que déploie en Hongrie, sous le prétexte de culture physique, l'Association de la jeunesse dite levante. On s'en étonne à Budapest.
Nous nous en étonnerons moins.
Nous n'avons pas oublié que la Hongrie n'accepta jamais qu'à grand peine la primauté donnée à Vienne sous la Double Monarchie. Et, en juillet dernier, nous avons entendu, à Budapest même, des Hongrois évoquer avec courroux la tyrannie que l'Autriche, au temps des Habsbourg, faisait peser sur la Hongrie ce qui fait rire lorsqu'on sait ce que fut la domination magyare, l'une des plus dures. qui aient été, et que l'on a repris contact avec le laisser-aller autrichien. Vingern Qu'ils soient pour Albrecht ou qu'ils soient pour Otto, c'est pourtant en faveur d'un Habsbourg que les monarchistes hongrois sont monarchistes. Mais c'est qu'ils n'ont personne d'autre sous la main. C'est aussi que, pour eux, et contrairement aux royalistes d'Autriche, qui sont des sentimentaux, la restauration ne serait point une fin, mais une occasion, un moyen. L'occasion et le moyen de recouvrer des provinces perdues, de se développer par la revanche. Cette orgueilleuse race magyare, rudement traitée par la guerre, ou par la paix plutôt, n'a pas encore dépouillé complètement le conquérant asiate.
L'Autriche, par paresse, accepterait d'être rattachée à l'Allemagne, et les socialistes autrichiens (intelligents et actifs, eux) y poussent, par désir de jouer de grands rôles sur une scène politique agrandie. La Hongrie, au contraire, si elle veut se donner un roi, vise à s'agrandir dans l'indépendance.
L'une souhaite surtout qu'on lui fiche la paix. L'autre ne veut point nous la ficher du moins la Hongrie de Horthy et de Bethlen.
Tout va bien, disent des diplomates subtils. En jouant de ces rivalités, nous empêcherons aisément la restauration en Hongrie et l'annexion de l'Autriche au Reich.
Mais c'est peut-être trop subtil...
Henry Barde
| retour 15 janvier 1926 |







































































